mercredi 16 octobre 2013

Anatomy of a Song # 2 : "Get Misunderstood" (The Troublemakers)

"Anatomy of a Song" est une rubrique qui consiste à autopsier une chanson pour en découvrir les secrets de fabrication, à travers ses sources d'inspiration, ses textures sonores, son contexte de création. Après "Blue Monday" (New Order), on poursuit avec le merveilleux "Get Misunderstood" des Troublemakers.


Tiré du premier album du groupe français Troublemakers, "Doubts & Convictions" (2001), "Get Misunderstood" séduit immédiatement, avec son mélange de jazz minimaliste, de référence cinématographique nouvelle vague, de cordes soyeuses et de voix soul/blues distillant une profonde mélancolie. En réalité, tous ces éléments si élégamment combinés sont empruntés à différents morceaux préexistants, de sorte que "Get Misunderstood" apparaît comme un mutant magnifique, œuvre de Dr Frankenstein's inspirés. On se propose ici d'explorer les différentes pièces du puzzle.


- Troublemakers : "Get Misunderstood" (Guidance Recordings, 2001)




- John Lurie : "Promenade du Maquereau" (from OST "Down By Law", Crammed Discs, 1987)

Le début du morceau est constitué d'une boucle jazz batterie/contrebasse, qui provient d'un bref extrait de la bande originale du film de Jim Jarmusch "Down by Law", composée par le musicien et acteur John Lurie, par ailleurs membre du groupe Lounge Lizards. 




- Jean-Pierre Léaud/Philippe Garrel : Dialogue tiré du film "La Naissance de l'amour" (1993)

Très vite, on entend une voix que l'on reconnaît immédiatement si l'on est fan du cinéma de la nouvelle vague. Cette voix, c'est celle de Jean-Pierre Léaud, alias Antoine Doisnel dans la quadrilogie que lui a consacré François Truffaut. Le dialogue est emprunté au film "La Naissance de l'amour", réalisé en 1993 par Philippe Garrel, figure radicale de la nouvelle vague (et ancien compagnon de la chanteuse Nico).





- John Barry : "End Title" (from the Motion Soundtrack "The Knack", 1965, United Artists Records)

A la tirade léaudienne sur les limites de la révolution, succède une envolée obsédante de cordes, puisées dans l'une des nombreuses bandes originales réalisées par John Barry, l'un des plus grands compositeurs de musiques de films ("James Bond", "The Ipcress File", "Midnight Cow Boy", "Magnificent Seven",...). 




- Etta James : "St. Louis Blues" (from "Come a Little Closer", 1974, Chess)

Le morceau se poursuit (et se termine) par l'irruption d'une voix profonde, celle de la chanteuse américaine de blues et de soul Etta James, connue notamment pour ses titres "I Just Wanna Make Love to You", "At Last" ou "Tell Mama". Elle chante ici "St. Louis Blues", un court morceau a cappella remontant à 1974.





























mardi 5 juin 2012

Express Yourself - Music & Politics # 2 : "God Save the Queen" (Sex Pistols)

Formés en 1975 à l'initiative de Malcolm McLaren et de Vivienne Westwood, les Sex Pistols ont vu leur carrière émaillée de scandales en tous genres, provoqués par leurs concerts turbulents et leurs attitudes provocantes. En décembre 1976, l'émoi devient national lorsqu'invités dans le "Bill Grundy Show", les membres du groupe profèrent quelques grossièretés en direct, encouragés il est vrai par le présentateur, qui s'est aussi aventuré à "draguer" Siouxie Sioux, venue en groupie. 




 Vu aujourd'hui, le langage utilisé paraît presque anondin (et on est surpris que ce ne soit pas la croix gammée arborée par l'un des fans du groupe qui ait suscité la réprobation), mais dans la prude Albion, il cause un esclandre gigantesque, exacerbé par les tabloïdes, Daily Mirror en tête. 
 
A la suite de ces réactions, la plupart des municipalités prennent la décision d'annuler les concerts des Sex Pistols, et la maison de disque qui les a signés, EMI, finit par rompre le contrat, avant même que le premier album du groupe ne soit enregistré. Cet épisode a d'ailleurs engendré l'enregistrement d'une chanson parue sur Never Mind the Bollocks, "E.M.I.", sur laquelle Johnny Rotten/John Lydon déverse toute sa rancœur à l'égard de la compagnie de disque.


Un nouveau contrat est négocié avec la compagnie A & M, et le premier single prévu est un morceau composé par John Lydon, dans la perspective du Jubilé d'argent de la Reine, qui doit se tenir en juin 1977. Intitulé "No Future", il sera ensuite rebaptisé "God Save the Queen" à la suggestion de Malcolm McLaren. La parution est prévue pour le mois de mars 1977, mais celle-ci est annulée suite à la résiliation du contrat par A & M, qui a peu apprécié le fait que la cérémonie de signature avec les membres du groupe (voir photo ci-contre, signature devant Buckingham Palace)  dégénère en beuverie et en bagarres causant le saccage de ses locaux. Revoici donc les Sex Pistols sans maison de disque, et la date du Jubilé approche... Un accord est alors signé dans l'urgence avec Virgin, toute jeune compagnie crée par le milliardaire hippie Richard Branson, qui reprogramme une sortie du morceau, prévue le 27 mai afin que la chanson parvienne dans le top 10 des charts en pleine semaine du Jubilé . 
 


La célèbre pochette est conçue par le graphiste Jamie Reid, qui détourne le portrait officiel de la reine Elizabeth, réalisé par Cecil Beaton, pour en faire une image punk, utilisant le bleu et l'argenté, les couleurs certifiées du Jubilé. La publication du 45 t se heurte rapidement à de nombreuses difficultés. Les imprimeurs refusent de fabriquer la pochette, la considérant comme insultante, et il en va de même pour les ateliers de pressage qui rechignent à produire le vinyl. Il faut de longues négociations pour que le disque puisse finalement être prêt à temps. Il sort le 27 mai 1977, mais plusieurs grandes chaînes de magasins n'acceptent pas de le mettre en vente et la plupart des radios, la BBC en tête, interdisent le titre de toute diffusion, pour outrage au bon goût. En dépit de ces obstacles, "God Save the Queen" se vend comme des petits pains et intègre en première semaine la 11e place du hit-parade britannique.

Pour poursuivre la promotion de la chanson, Mc Laren et Branson décident d'organiser un concert, la semaine du Jubilé, sur un bateau naviguant sur la Tamise, dénommé le "Queen Elizabeth". L'événement se termine par un abordage des brigades fluviales et l'arrestation d'une dizaine de personnes pour "trouble à l'ordre public" (voir la vidéo ci-dessous, plus spécialement à partir de 7 minutes pour l'intervention des forces de l'ordre).





UK Chart, 11 june 1977
Parvenu au jour de célébration du Jubilé, "God Save the Queen" s'est vendu à 200 000 exemplaires et se dirige tout droit vers la place de numéro 1. Il échouera toutefois en numéro deux, juste derrière le titre de Rod Stewart intitulé symboliquement "I Don't Want to Talk About It". Branson et McLaren accuseront le British phonographic institute d'avoir manipulé les chiffres de vente pour éviter que le titre des Sex Pistols ne se retrouve en tête du hit-parade la semaine des célébrations, ce qui aurait contribué à ternir la fête. Une directive secrète émise la semaine précédente aurait exclu des statistiques les ventes réalisées par les magasins en lien avec une compagnie de disque. Or, une bonne partie des 45 t des Sex Pistols étaient écoulé par des boutiques de Virgin. La semaine suivante, la directive était annulée...



Le journaliste Jon Savage dépeint parfaitement la signification que recouvrait "God Save the Queen" au moment de sa publication : "Les Sex Pistols, en surgissant, eurent à peu près le même effet qu'une grenade à main lancée dans un parterre de glaïeuls. God Save the Queen était la seule protestation sérieuse contre le Jubilé, le seul cri de ralliement pour ceux qui n'étaient pas d'accord avec le Jubilé parce qu'ils n'aimaient pas la reine ou parce que, comme John Lydon, ils étaient Irlandais, ou encore, bien plus simplement, parce qu'ils se sentaient floués  par une telle propagande, par une vision de l'Angleterre qui n'avaient pas le moindre rapport, même le plus lointain, avec leur expérience quotidienne" (England's Dreaming. Les Sex Pistols et le punk, Allia, 2005). Quelques jours après le Jubilé, Jamie Reid et John Lydon sont violemment attaqués par des monarchistes et finissent à l'hôpital.

Trente cinq ans plus tard, le Jubilé de diamant a donné lieu à un énorme concert réunissant Elton John, Paul McCartney, Stevie Wonder, Madness... On n'y a pas entendu les Sex Pistols...

Sources : Jon Savage, England's Dreaming. Les Sex Pistols et le punk, Allia, 2005 ; Julien Temple, the Filth and the Fury, 2000, Channel 4 ; Michka Assayas, Dictionnaire du Rock, Robert Laffont, 2000.


samedi 24 décembre 2011

Xmas Special : A Very (Post) Punk Christmas

Les chansons de Noël riment le plus souvent avec mièvrerie, grelots et paix dans le monde. En fouillant un peu, on trouve toutefois des chansons de Noël décapantes, des versions surprenantes de chants traditionnels.

En voici un petit échantillon, interprétés par quelques figures bien connues de la musique punk et post-punk.





- Siouxsie & the Banshees : "Il est né le divin enfant" (Melt Single B Side, Polydor, 1982)

Quelle surprise de voir Siouxsie interpréter cette chanson traditionnelle de Noël, sur une face B de single sorti en 1982. En français dans le texte, et même en vidéo, enregistrée aux "Enfants du rock", avec la contribution de Robert Smith aux cymbales !



- The Ramones : "Merry Christmas (I Don't Want to Fight Tonight)" (Brain Drain, Chrysalis, 1989)
 Les précurseurs américains du punk usent de leur sarcasme habituel pour évoquer Noël : pas de bagarre pour ce soir... A ranger aux côtés de leurs "tubes" "Now I Wanna Sniff Some Glue" ou "I Wanna Be Sedated".





- The Fall : "No Xmas for John Quays" (BBC Peel Session, 1978)
 L'irascible Mark E. Smith est un peu à la musique ce que le personnage de Scrooge est à la fête de Noël. Lorsque The Fall chante Noël, cela donne donc forcément un résultat sardonique: pas de Noël pour Mister Quays !






- Cabaret Voltaire : "Invocation" (Ghost of Christmas Past, Les Disques du Crépuscule, 1981)

En 1981, le label bruxellois Les Disques du Crépuscule publie une compilation de Noël réunissant la crème de la scène post-punk. On y trouve ce morceau de Cabaret Voltaire, qui reprend même les sons caractéristiques de grelots. Mais le résultat ne correspond pas vraiment à l'image classique que l'on se fait de la fête de Noël.


 
- The Basement 5 : "Last White Christmas" (1965-1980, Island Records, 1980)

Créé en 1978, Basement 5 conjugue punk, dub et reggae, sous la houlette du producteur Martin Hanett (Joy Division,…). Il livre lui aussi son interprétation de ce que représente Noël à l’aube des années 80.


lundi 31 octobre 2011

Halloween Special : Seven Scary Songs

Les sources d'inspiration de la musique rock ne se limitent pas à l'amour, la séparation, la drogue et le sexe. Elles s'étendent aussi aux zombies, aux psychopathes, aux vampires, aux citrouilles et aux films d'horreur. Pour célébrer Halloween en musique, voici donc une petite sélection de morceaux qui distillent angoisses et frissons, à ne pas écouter seul la nuit.





- Nick Cave & The Bad Seeds : "Red Right Hand" (Let Love In, Mute records, 1994)

Nick Cave s'est fait une spécialité des ambiances gothiques et des chansons morbides, déployées au sein d'albums aux titres aussi évocateurs que Your Funeral... My Trial (1986) ou Murder Ballads (1996). "Red Right Hand" dégage une atmosphère particulièrement angoissante, avec son orgue menaçant, ses cloches crépusculaires, la voix d'outre-tombe de Nick Cave. Pas étonnant que le titre ait été retenu pour la bande originale de la trilogie Scream de Wes Scraven (devenu une tétralogie depuis 2011). 

"He's a god, he's a man,
he's a ghost, he's a guru
They're whispering his name
through this disappearing land
But hidden in his coat
is a red right hand"
 



- Siouxsie and The Banshees : "Halloween" (Juju, Polydor, 1981)

Halloween a servi de thème musical à une série non négligeable d'artistes (Sonic Youth, Lou Reed, Japan, Dead Kennedys,...). Grande prêtresse du mouvement gothique, Siouxsie ne pouvait manquer l'occasion de s'en emparer également. Trick or Treat ?


 




- The Disco Zombies : "Disco Zombies" (The Invisible E.P., Uptown Records, 1979)

Groupe punk obscur originaire de Leicester, The Disco Zombies nous a laissé un morceau éponyme très réjouissant, tout récemment sorti de l'obscurité par une compilation regroupant leurs différents singles.





- Gorillaz : "Dracula" (Clint Eastwood Single B Side, Parlophone, 2001)

Les films d'horreur ont inspiré plusieurs morceaux à Gorillaz (Ghost Train, M1A1), dont ce "Dracula", trimbalant ses canines sur un rythme dub nonchalant.





- Death in Vegas feat. Iggy Pop : "Aisha (Trevor Jackson Mix)" (Milk It, Concrete, 2005)

A l'invitation du groupe psyché-electro Death in Vegas, Iggy Pop joue ici le rôle du grand méchant loup d'une manière particulièrement convaincante. Lorsqu'il déclame d'une voix lugubre "I'm a murderer", on est tout prêt à le croire. Encore plus glaçant dans le remix de Trevor Jackson, paru en 2005 (la version originale se trouvant sur l'album The Contino Sessions, 1999).

"I have a portrait on my wall
He's a serial killer
I thought he wouldn't escape
Aisha
He got out"




- The Cramps : "I Was a Teenage Werewolf" (Songs The Lord Taught Us, I.R.S. Records, 1980)

 
Les Cramps, menés par Lux Interior et Poison Ivy, sont les créateurs du "psychobilly", mélange de rockabilly et d'influences des films d'horreur de série B (ou Z) des années 50. Le morceau "I Was a Teenage Werewolf" est directement inspiré du film éponyme sorti en 1957, révélant Michael "la petite maison dans la prairie" Landon et devenu culte depuis (photo ci-contre). 

La vidéo ici présentée associe judicieusement des images du film au morceau des Cramps.




 


- Sonny Richard's Panics w/ Cindy & Misty : "The Voodoo Walk (Dance of the Dead)" (Single, Chancelor, 1962)

Bien avant les Cramps, de nombreux groupes rock'n roll se sont inspirés des thèmes des films d'horreur de l'époque et des monstres qui les hantaient : Frankenstein, Wolfman, Dracula, Dr Jekyll & Mr Hyde, la Momie,... En voici un exemple particulièrement swinguant : Do the Voodoo Walk !


lundi 29 août 2011

Anatomy of a Song # 1 : "Blue Monday" (New Order)

"Anatomy of a Song" est une rubrique qui consiste à autopsier une chanson pour en découvrir les secrets de fabrication, à travers ses sources d'inspiration, ses textures sonores, son contexte de création. On débute avec le classique de New Order, "Blue Monday".


Avec "Blue Monday" (1983), New Order confirme le tournant electro-disco de leur musique, entamé avec "Everything Goes Green" (1981), morceau par lequel le groupe s'affranchissait de l'héritage sonore de Joy Division. "Blue Monday" sera leur morceau le plus fameux, avec sa légendaire pochette anonyme conçue par Peter Saville, en forme de flopy disk, et l'on prétend qu'il s'agit du maxi-single vinyle le plus vendu au monde (et le moins rentable).

Surtout, ce titre apparaît comme l'amalgame d'influences diverses ayant marqué New Order à l'époque. Ainsi, on peut mentionner pas moins de six morceaux qui ont constitué les ingrédients ayant contribué à créer "Blue Monday", comme l'ont admis volontiers les membres du groupe. Il faut souligner toutefois que "Blue Monday" ne se résume en rien à la somme de ses sources d'inspiration et qu'une fois ingérées celles-ci ont engendré un morceau particulièrement novateur et original. Ecoutons d'abord le "Blue Monday" de New Order, dans sa version originale de 1983 (une version remixée par Quincy Jones est parue en 1988, mais est largement inférieure), avant d'en explorer les origines sonores.

- New Order : "Blue Monday"(Maxi-Single, Factory, 1983)





1 - Donna Summer : "Our Love" (Bad Girls, Casablanca Records, 1979)

Produit par le pape de l'italo-disco Giorgio Moroder, ce titre servira de modèle pour la conception de la rythmique de "Blue Monday", qui reprend le beat caractéristique que l'on entend dans le "break" de "Our Love", situé après 1 minute 19". De manière plus générale, l'influence de Giorgio Moroder sera cruciale sur l'évolution musicale de New Order, qui greffera des rythmes synthétiques dansants sur les atmosphères sombres héritées de Joy Division.






2 - Ennio Morricone : "La Resa Dei Conti" (For A Few Dollars More OST, RCA Victor, 1966)

Les notes de guitare typiquement morriconiennes (entendues à partir de 22") de cette plage, tirée de la bande originale du film de Sergio Leone For a Few Dollars More, ont inspiré à Peter Hook le riff de basse qui constitue l'un des éléments caractéristiques de "Blue Monday" (riff qui apparaît après 1 minute 16").




3 - Kraftwerk : "Uranium" (Radio-Activity, Kling Klang/Capitol Records, 1975)

Kraftwerk a constitué une influence essentielle tant pour Joy Division que pour New Order. Le début du morceau "Uranium", que l'on trouve sur l'album Radio-Activity, est samplé dans "Blue Monday" à plusieurs reprises, la première fois après 1 minute 35".



                        


4 - Klein & MBO : "Dirty Talk" (Dirty Talk, Zanza Records, 1982)

"Blue Monday" est également le produit de la fréquentation par les membres de New Order des discothèques de New York et de l'ouverture à Manchester du club Haçienda en 1982, copropriété du label Factory et de New Order lui-même. Et la musique qui est particulièrement en vogue dans les clubs à cette époque c'est l'italo-disco, mélange de rythmes discos et de sons électroniques. Le morceau "Dirty Talk" sera beaucoup joué à la Haçienda et sa sonorité a marqué de son empreinte les arrangements de "Blue Monday".




5 - Sylvester : "You Make Me Feel (Mighty Real)" (Step II, Fantasy Records, 1978)

Sylvester a été l'une des figures marquantes de la disco et "You Make Me Feel" est  devenu un classique du genre. Cette chanson a inspiré la ligne de basse synthé de Blue Monday, ainsi que son atmosphère générale.




6 - Fats Domino : "Blue Monday" (This is Fats Domino !, Imperial, 1956)

Tous les ingrédients sonores réunis, il restait à donner un nom au morceau fraîchement enregistré. Peter Hook raconte au Guardian la manière dont le titre a été choisi : "I was reading about Fats Domino. He had a song called 'Blue Monday' and it was a Monday and we were all miserable so I thought, 'Oh that's quite apt' ".





(Sources :  James Nice, Shadowplayers. The Rise and Fall of Factory Records, Aurum Press, London, 2010 ; Simon Reynolds, Rip It Up and Start Again. Post-Punk 1978-1984, Allia, Paris, 2007 ; Michka Assayas, Dictionnaire du Rock, "New Order", Robert Laffont, Paris, 2000).

mardi 5 juillet 2011

Express Yourself - Politics in Music # 1 : Nina Simone "Mississippi Goddam"

Ayant elle-même souffert du racisme durant sa jeunesse, Nina Simone a été très active dans la lutte pour la reconnaissance des droits civiques. Sa conscientisation politique s'est initialement faite au contact de la dramaturge noire Lorraine Hansburry, au début des années 60. Quelques années plus tard, la chanson "To Be Young Gifted and Black" (1970) lui sera d'ailleurs dédiée.

Dans le contexte de la lutte contre la ségrégation en Alabama menée par Martin Luther King, quatre fillettes noires trouvèrent la mort dans un attentat à l'explosif à Birmingham, le 15 septembre 1963. Cet événement causa un choc profond chez Nina Simone qui décida d'engager dorénavant pleinement sa musique pour la cause de l'égalité des droits. Elle composa alors dans l'urgence sa première "protest song", au texte direct et explicite, "Mississippi Goddam": elle y fustige les Etats ségrégationnistes, la répression ("school children sitting in jail"), les promesses non tenues ("they keep on saying “go slow”"), les accusations mensongères ("school boycotts, they try to say it's a communist plot") et y revendique la pleine égalité ("all I want is equality for my sister my brother my people and me"). La chanson sera censurée dans les Etats du Sud. D'autres morceaux engagés allaient suivre, ("Four Women", la reprise de "Strange Fruit" interprétée à l'origine par Billie Holiday, "To Be Young, Gifted and Black",...) faisant de Nina Simone l'une des figures marquantes du Mouvement des droits civiques.

Sources : D. Brun-Lambert, Nina Simone, Flammarion, 2005 ; D. Linskey, 33 Revolutions Per Minute. A History of Protest Songs, Faber and Faber, 2010.

Nina Simone : "Mississippi Goddam", Album In Concert, Philips, 1964



vendredi 24 juin 2011

Strange Cover # 2 : Tribute to Marvin Gaye

La rubrique "Strange Cover" présente des reprises surprenantes et décalées, véritables transmutations de morceaux originaux, célèbres ou non. 

Marvin Gaye est certainement  l'une des figures les plus  emblématiques de la musique soul. Ses chansons ont été reprises de nombreuses fois, le plus souvent de manière très sage et fidèle.  Deux de ses plus fameuses chansons, "I Heard It Through the Grapevine" (1968, interprétée en tout premier lieu par Smokey Robinson) et "Sexual Healing" (1982, enregistrée en... Belgique) font ici l'objet de versions très personnelles, épousant des styles s'écartant radicalement de la soul music.

I Heard It Through the Grapevine

 - The Slits : "I Heard It Through the Grapevine" (1979, Typical Girls Single B-Side, Island)

The Slits est un groupe féminin mené par la chanteuse Ari-Up au style vocal très particulier, mêlant punk, dub/reggae et funk. Réputées pour être imprévisibles et même bagarreuses, elles ont mené un mode de vie très chaotique (selon le témoignage de Don Letts, qui a été leur éphémère manager), ce qui explique la durée assez courte de leur carrière, marquée principalement par un fabuleux premier album : Cut (1979). Cachée en face B de leur premier single (et depuis lors intégrée à la réédition CD de Cut), leur reprise du classique de Marvin Gaye est particulièrement explosive et pleine de liberté.


 


- Tuxedomoon : "I Heard It  Through the Grapevine" (1977, publié sur l'album Pinheads on the Move, Cramboy, 1987)

Originaire de San Francisco, Tuxedomoon cultivera une musique arty, à l'élégante mélancolie, passant du post-punk déviant de leur précoce "No Tears" (1978) à la musique contemporaine, composant notamment pour un ballet de Maurice Béjart (Divine, en 1982). Leur version de "I Heard  Through the Grapevine" a été enregistrée en 1977 à l'occasion du Gay Liberation Day et transpose le texte de la chanson originale dans le cadre d'un appel téléphonique adressé par le chanteur à son amant, sur fond de violon déchiré.





Sexual Healing

- Anita Lane : "Sexual Healing" (1993, Dirty Pearl, Mute Records)

Nous avons déjà présenté précédemment Anita Lane (Strange Cover # 1 : "Lost in Music") qui signe une version dépouillée et troublante du morceau de Marvin Gaye, en accentuant encore la dimension sensuelle et érotique. Elle est épaulée pour l'occasion par Barry Adamson (Magazine, Bad Seeds)  au vibraphone et Mick Harvey (Bas Seeds) à la production.





- Hot Chip : "Sexual Healing" (2006, Over and Over Single B-Side, EMI)

Duo électro britannique actif depuis le début des années 2000, Hot Chip livre une interprétation très pop de la chanson, tout en lui donnant un côté indolent et mélancolique.