"Anatomy of a Song" est une rubrique qui consiste à autopsier une chanson pour en découvrir les secrets de fabrication, à travers ses sources d'inspiration, ses textures sonores, son contexte de création. On débute avec le classique de New Order, "Blue Monday".
Avec "Blue Monday" (1983), New Order confirme le tournant electro-disco de leur musique, entamé avec "Everything Goes Green" (1981), morceau par lequel le groupe s'affranchissait de l'héritage sonore de Joy Division. "Blue Monday" sera leur morceau le plus fameux, avec sa légendaire pochette anonyme conçue par Peter Saville, en forme de flopy disk, et l'on prétend qu'il s'agit du maxi-single vinyle le plus vendu au monde (et le moins rentable).
Surtout, ce titre apparaît comme l'amalgame d'influences diverses ayant marqué New Order à l'époque. Ainsi, on peut mentionner pas moins de six morceaux qui ont constitué les ingrédients ayant contribué à créer "Blue Monday", comme l'ont admis volontiers les membres du groupe. Il faut souligner toutefois que "Blue Monday" ne se résume en rien à la somme de ses sources d'inspiration et qu'une fois ingérées celles-ci ont engendré un morceau particulièrement novateur et original. Ecoutons d'abord le "Blue Monday" de New Order, dans sa version originale de 1983 (une version remixée par Quincy Jones est parue en 1988, mais est largement inférieure), avant d'en explorer les origines sonores.
- New Order : "Blue Monday"(Maxi-Single, Factory, 1983)
1 - Donna Summer : "Our Love" (Bad Girls, Casablanca Records, 1979)
Produit par le pape de l'italo-disco Giorgio Moroder, ce titre servira de modèle pour la conception de la rythmique de "Blue Monday", qui reprend le beat caractéristique que l'on entend dans le "break" de "Our Love", situé après 1 minute 19". De manière plus générale, l'influence de Giorgio Moroder sera cruciale sur l'évolution musicale de New Order, qui greffera des rythmes synthétiques dansants sur les atmosphères sombres héritées de Joy Division.
2 - Ennio Morricone : "La Resa Dei Conti" (For A Few Dollars More OST, RCA Victor, 1966)
Les notes de guitare typiquement morriconiennes (entendues à partir de 22") de cette plage, tirée de la bande originale du film de Sergio Leone For a Few Dollars More, ont inspiré à Peter Hook le riff de basse qui constitue l'un des éléments caractéristiques de "Blue Monday" (riff qui apparaît après 1 minute 16").
3 - Kraftwerk : "Uranium" (Radio-Activity, Kling Klang/Capitol Records, 1975)
Kraftwerk a constitué une influence essentielle tant pour Joy Division que pour New Order. Le début du morceau "Uranium", que l'on trouve sur l'album Radio-Activity, est samplé dans "Blue Monday" à plusieurs reprises, la première fois après 1 minute 35".
4 - Klein & MBO : "Dirty Talk" (Dirty Talk, Zanza Records, 1982)
"Blue Monday" est également le produit de la fréquentation par les membres de New Order des discothèques de New York et de l'ouverture à Manchester du club Haçienda en 1982, copropriété du label Factory et de New Order lui-même. Et la musique qui est particulièrement en vogue dans les clubs à cette époque c'est l'italo-disco, mélange de rythmes discos et de sons électroniques. Le morceau "Dirty Talk" sera beaucoup joué à la Haçienda et sa sonorité a marqué de son empreinte les arrangements de "Blue Monday".
5 - Sylvester : "You Make Me Feel (Mighty Real)" (Step II, Fantasy Records, 1978)
Sylvester a été l'une des figures marquantes de la disco et "You Make Me Feel" est devenu un classique du genre. Cette chanson a inspiré la ligne de basse synthé de Blue Monday, ainsi que son atmosphère générale.
6 - Fats Domino : "Blue Monday" (This is Fats Domino !, Imperial, 1956)
Tous les ingrédients sonores réunis, il restait à donner un nom au morceau fraîchement enregistré. Peter Hook raconte au Guardian la manière dont le titre a été choisi : "I was reading about Fats Domino. He had a song called 'Blue Monday' and it was a Monday and we were all miserable so I thought, 'Oh that's quite apt' ".
(Sources : James Nice, Shadowplayers. The Rise and Fall of Factory Records, Aurum Press, London, 2010 ; Simon Reynolds, Rip It Up and Start Again. Post-Punk 1978-1984, Allia, Paris, 2007 ; Michka Assayas, Dictionnaire du Rock, "New Order", Robert Laffont, Paris, 2000).

Yeah!
RépondreSupprimerTrès chouette chronique qui permet en prime d'enfin savoir d'où provient ce sample 'our love' qui figurait sur un titre house entêtant dont j'oublie l'auteur, zutre! (je dirais comme ça Blake Baxter, mais si ça se trouve c'est p'têt bien Mortimer Electroencéphalogramme).
Oserai-je un "we want more"? Allez, j'ose...
Hum, je pense que c'est Cassius (1999) qui a samplé Donna (et le morceau, c'était plutôt if it hurts juste un peu). Underworld a aussi samplé "Je sens l'amour". Et Blue Monday a lui-même été samplé par Rihanna elle-même jadis remixée par Charly Oleg. Bigre !
RépondreSupprimerEn fait, ils sont très exactement 17.734 à l'avoir samplée (je les ai comptés), comme on peut le voir sur ce site qu'un certain Sorg me fit découvrir un soir de pluie, à même le trottoir et zalors que j'avais le blues
RépondreSupprimerhttp://www.whosampled.com/covered/Donna%20Summer/
Et confirmation au passage (44) pour Blake Baxter:
http://www.youtube.com/watch?v=jjHAFZHpeC8&feature=related
Pas mal le petit Blake (ainsi, un morceau intitulé "One More Time" que j'ai cru être un remix des Daft alors que pas du tout - c'est nettement mieux). Sinon, Blue Monday donne lieu à une réplique délicieuse d'un film so british particulièrement réussi (aka Shaun of Ze Dead). Bon, j'arrive pas à retrouver l'extrait vidéo dont voilà la retranscription vaguement fidèle e ladite réplique et plic et télégrammes : http://cinema81.canalblog.com/archives/2011/06/07/21293773.html Et donc en guest star de cette scène, la pochette originale !
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