Des chroniques sonores destinées à faire découvrir des champs musicaux peu explorés et à partager des coups de cœur. Les sujets sont présentés à travers des rubriques thématiques, privilégiant les liens entre la musique et d'autre domaines comme le cinéma, la politique ou la littérature.
Les chansons de Noël riment le plus souvent avec mièvrerie, grelots et paix dans le monde. En fouillant un peu, on trouve toutefois des chansons de Noël décapantes, des versions surprenantes de chants traditionnels.
En voici un petit échantillon, interprétés par quelques figures bien connues de la musique punk et post-punk.
- Siouxsie & the Banshees : "Il est né le divin enfant" (Melt Single B Side, Polydor, 1982)
Quelle surprise de voir Siouxsie interpréter cette chanson traditionnelle de Noël, sur une face B de single sorti en 1982. En français dans le texte, et même en vidéo, enregistrée aux "Enfants du rock", avec la contribution de Robert Smith aux cymbales !
- The Ramones : "Merry Christmas (I Don't Want to Fight Tonight)" (Brain Drain, Chrysalis, 1989)
Les précurseurs américains du punk usent de leur sarcasme habituel pour évoquer Noël : pas de bagarre pour ce soir... A ranger aux côtés de leurs "tubes" "Now I Wanna Sniff Some Glue" ou "I Wanna Be Sedated".
- The Fall : "No Xmas for John Quays" (BBC Peel Session, 1978)
L'irascible Mark E. Smith est un peu à la musique ce que le personnage de Scrooge est à la fête de Noël. Lorsque The Fall chante Noël, cela donne donc forcément un résultat sardonique: pas de Noël pour Mister Quays !
- Cabaret Voltaire : "Invocation" (Ghost of Christmas Past, Les Disques du Crépuscule, 1981)
En 1981, le label bruxellois Les Disques du Crépuscule publie une compilation de Noël réunissant la crème de la scène post-punk. On y trouve ce morceau de Cabaret Voltaire, qui reprend même les sons caractéristiques de grelots. Mais le résultat ne correspond pas vraiment à l'image classique que l'on se fait de la fête de Noël.
- The Basement 5 : "Last White Christmas" (1965-1980, Island Records, 1980)
Créé en 1978, Basement 5 conjugue punk, dub et reggae, sous la houlette du producteur Martin Hanett (Joy Division,…). Il livre lui aussi son interprétation de ce que représente Noël à l’aube des années 80.
Les sources d'inspiration de la musique rock ne se limitent pas à l'amour, la séparation, la drogue et le sexe. Elles s'étendent aussi aux zombies, aux psychopathes, aux vampires, aux citrouilles et aux films d'horreur. Pour célébrer Halloween en musique, voici donc une petite sélection de morceaux qui distillent angoisses et frissons, à ne pas écouter seul la nuit.
- Nick Cave & The Bad Seeds : "Red Right Hand" (Let Love In, Mute records, 1994)
Nick Cave s'est fait une spécialité des ambiances gothiques et des chansons morbides, déployées au sein d'albums aux titres aussi évocateurs que Your Funeral... My Trial (1986) ou Murder Ballads (1996). "Red Right Hand" dégage une atmosphère particulièrement angoissante, avec son orgue menaçant, ses cloches crépusculaires, la voix d'outre-tombe de Nick Cave. Pas étonnant que le titre ait été retenu pour la bande originale de la trilogie Scream de Wes Scraven (devenu une tétralogie depuis 2011).
"He's a god, he's a man,
he's a ghost, he's a guru
They're whispering his name
through this disappearing land
But hidden in his coat
is a red right hand"
- Siouxsie and The Banshees : "Halloween" (Juju, Polydor, 1981)
Halloween a servi de thème musical à une série non négligeable d'artistes (Sonic Youth, Lou Reed, Japan, Dead Kennedys,...). Grande prêtresse du mouvement gothique, Siouxsie ne pouvait manquer l'occasion de s'en emparer également. Trick or Treat ?
- The Disco Zombies : "Disco Zombies" (The Invisible E.P., Uptown Records, 1979)
Groupe punk obscur originaire de Leicester, The Disco Zombies nous a laissé un morceau éponyme très réjouissant, tout récemment sorti de l'obscurité par une compilation regroupant leurs différents singles.
- Gorillaz : "Dracula" (Clint Eastwood Single B Side, Parlophone, 2001)
Les films d'horreur ont inspiré plusieurs morceaux à Gorillaz (Ghost Train, M1A1), dont ce "Dracula", trimbalant ses canines sur un rythme dub nonchalant.
- Death in Vegas feat. Iggy Pop : "Aisha (Trevor Jackson Mix)" (Milk It, Concrete, 2005)
A l'invitation du groupe psyché-electro Death in Vegas, Iggy Pop joue ici le rôle du grand méchant loup d'une manière particulièrement convaincante. Lorsqu'il déclame d'une voix lugubre "I'm a murderer", on est tout prêt à le croire. Encore plus glaçant dans le remix de Trevor Jackson, paru en 2005 (la version originale se trouvant sur l'album The Contino Sessions, 1999).
"I have a portrait on my wall
He's a serial killer
I thought he wouldn't escape
Aisha
He got out"
- The Cramps : "I Was a Teenage Werewolf" (Songs The Lord Taught Us, I.R.S. Records, 1980)
Les Cramps, menés par Lux Interior et Poison Ivy, sont les créateurs du "psychobilly", mélange de rockabilly et d'influences des films d'horreur de série B (ou Z) des années 50. Le morceau "I Was a Teenage Werewolf" est directement inspiré du film éponyme sorti en 1957, révélant Michael "la petite maison dans la prairie" Landon et devenu culte depuis (photo ci-contre).
La vidéo ici présentée associe judicieusement des images du film au morceau des Cramps.
- Sonny Richard's Panics w/ Cindy & Misty : "The Voodoo Walk (Dance of the Dead)" (Single, Chancelor, 1962)
Bien avant les Cramps, de nombreux groupes rock'n roll se sont inspirés des thèmes des films d'horreur de l'époque et des monstres qui les hantaient : Frankenstein, Wolfman, Dracula, Dr Jekyll & Mr Hyde, la Momie,... En voici un exemple particulièrement swinguant : Do the Voodoo Walk !
"Anatomy of a Song" est une rubrique qui consiste à autopsier une chanson pour en découvrir les secrets de fabrication, à travers ses sources d'inspiration, ses textures sonores, son contexte de création. On débute avec le classique de New Order, "Blue Monday".
Avec "Blue Monday" (1983), New Order confirme le tournant electro-disco de leur musique, entamé avec "Everything Goes Green" (1981), morceau par lequel le groupe s'affranchissait de l'héritage sonore de Joy Division. "Blue Monday" sera leur morceau le plus fameux, avec sa légendaire pochette anonyme conçue par Peter Saville, en forme de flopy disk, et l'on prétend qu'il s'agit du maxi-single vinyle le plus vendu au monde (et le moins rentable).
Surtout, ce titre apparaît comme l'amalgame d'influences diverses ayant marqué New Order à l'époque. Ainsi, on peut mentionner pas moins de six morceaux qui ont constitué les ingrédients ayant contribué à créer "Blue Monday", comme l'ont admis volontiers les membres du groupe. Il faut souligner toutefois que "Blue Monday" ne se résume en rien à la somme de ses sources d'inspiration et qu'une fois ingérées celles-ci ont engendré un morceau particulièrement novateur et original. Ecoutons d'abord le "Blue Monday" de New Order, dans sa version originale de 1983 (une version remixée par Quincy Jones est parue en 1988, mais est largement inférieure), avant d'en explorer les origines sonores.
- New Order : "Blue Monday"(Maxi-Single, Factory, 1983)
Produit par le pape de l'italo-disco Giorgio Moroder, ce titre servira de modèle pour la conception de la rythmique de "Blue Monday", qui reprend le beat caractéristique que l'on entend dans le "break" de "Our Love", situé après 1 minute 19". De manière plus générale, l'influence de Giorgio Moroder sera cruciale sur l'évolution musicale de New Order, qui greffera des rythmes synthétiques dansants sur les atmosphères sombres héritées de Joy Division.
2 - Ennio Morricone : "La Resa Dei Conti" (For A Few Dollars More OST, RCA Victor, 1966)
Les notes de guitare typiquement morriconiennes (entendues à partir de 22") de cette plage, tirée de la bande originale du film de Sergio Leone For a Few Dollars More, ont inspiré à Peter Hook le riff de basse qui constitue l'un des éléments caractéristiques de "Blue Monday" (riff qui apparaît après 1 minute 16").
Kraftwerk a constitué une influence essentielle tant pour Joy Division que pour New Order. Le début du morceau "Uranium", que l'on trouve sur l'album Radio-Activity, est samplé dans "Blue Monday" à plusieurs reprises, la première fois après 1 minute 35".
"Blue Monday" est également le produit de la fréquentation par les membres de New Order des discothèques de New York et de l'ouverture à Manchester du club Haçienda en 1982, copropriété du label Factory et de New Order lui-même. Et la musique qui est particulièrement en vogue dans les clubs à cette époque c'est l'italo-disco, mélange de rythmes discos et de sons électroniques. Le morceau "Dirty Talk" sera beaucoup joué à la Haçienda et sa sonorité a marqué de son empreinte les arrangements de "Blue Monday".
5 - Sylvester : "You Make Me Feel (Mighty Real)" (Step II, Fantasy Records, 1978)
Sylvester a été l'une des figures marquantes de la disco et "You Make Me Feel" est devenu un classique du genre. Cette chanson a inspiré la ligne de basse synthé de Blue Monday, ainsi que son atmosphère générale.
Tous les ingrédients sonores réunis, il restait à donner un nom au morceau fraîchement enregistré. Peter Hook raconte au Guardian la manière dont le titre a été choisi : "I was reading about Fats Domino. He had a song called 'Blue Monday' and it was a Monday and we were all miserable so I thought, 'Oh that's quite apt' ".
(Sources : James Nice, Shadowplayers. The Rise and Fall of Factory Records, Aurum Press, London, 2010 ; Simon Reynolds, Rip It Up and Start Again. Post-Punk 1978-1984, Allia, Paris, 2007 ; Michka Assayas, Dictionnaire du Rock, "New Order", Robert Laffont, Paris, 2000).
Ayant elle-même souffert du racisme durant sa jeunesse, Nina Simone a été très active dans la lutte pour la reconnaissance des droits civiques. Sa conscientisation politique s'est initialement faite au contact de la dramaturge noire Lorraine Hansburry, au début des années 60. Quelques années plus tard, la chanson "To Be Young Gifted and Black" (1970) lui sera d'ailleurs dédiée.
Dans le contexte de la lutte contre la ségrégation en Alabama menée par Martin Luther King, quatre fillettes noires trouvèrent la mort dans un attentat à l'explosif à Birmingham, le 15 septembre 1963. Cet événement causa un choc profond chez Nina Simone qui décida d'engager dorénavant pleinement sa musique pour la cause de l'égalité des droits. Elle composa alors dans l'urgence sa première "protest song", au texte direct et explicite, "Mississippi Goddam": elle y fustige les Etats ségrégationnistes, la répression ("school children sitting in jail"), les promesses non tenues ("they keep on saying “go slow”"), les accusations mensongères ("school boycotts, they try to say it's a communist plot") et y revendique la pleine égalité ("all I want is equality for my sister my brother my people and me"). La chanson sera censurée dans les Etats du Sud. D'autres morceaux engagés allaient suivre, ("Four Women", la reprise de "Strange Fruit" interprétée à l'origine par Billie Holiday, "To Be Young, Gifted and Black",...) faisant de Nina Simone l'une des figures marquantes du Mouvement des droits civiques.
Sources : D. Brun-Lambert, Nina Simone, Flammarion, 2005 ; D. Linskey, 33 Revolutions Per Minute. A History of Protest Songs, Faber and Faber, 2010.
Nina Simone : "Mississippi Goddam", Album In Concert, Philips, 1964
La rubrique "Strange Cover" présente des reprises surprenantes et décalées, véritables transmutations de morceaux originaux, célèbres ou non.
Marvin Gaye est certainement l'une des figures les plus emblématiques de la musique soul. Ses chansons ont été reprises de nombreuses fois, le plus souvent de manière très sage et fidèle. Deux de ses plus fameuses chansons, "I Heard It Through the Grapevine" (1968, interprétée en tout premier lieu par Smokey Robinson) et "Sexual Healing" (1982, enregistrée en... Belgique) font ici l'objet de versions très personnelles, épousant des styles s'écartant radicalement de la soul music.
I Heard It Through the Grapevine
- The Slits : "I Heard It Through the Grapevine" (1979, Typical Girls Single B-Side, Island)
The Slits est un groupe féminin mené par la chanteuse Ari-Up au style vocal très particulier, mêlant punk, dub/reggae et funk. Réputées pour être imprévisibles et même bagarreuses, elles ont mené un mode de vie très chaotique (selon le témoignage de Don Letts, qui a été leur éphémère manager), ce qui explique la durée assez courte de leur carrière, marquée principalement par un fabuleux premier album : Cut (1979). Cachée en face B de leur premier single (et depuis lors intégrée à la réédition CD de Cut), leur reprise du classique de Marvin Gaye est particulièrement explosive et pleine de liberté.
- Tuxedomoon : "I Heard It Through the Grapevine" (1977, publié sur l'album Pinheads on the Move, Cramboy, 1987)
Originaire de San Francisco, Tuxedomoon cultivera une musique arty, à l'élégante mélancolie, passant du post-punk déviant de leur précoce "No Tears" (1978) à la musique contemporaine, composant notamment pour un ballet de Maurice Béjart (Divine, en 1982). Leur version de "I Heard Through the Grapevine" a été enregistrée en 1977 à l'occasion du Gay Liberation Day et transpose le texte de la chanson originale dans le cadre d'un appel téléphonique adressé par le chanteur à son amant, sur fond de violon déchiré.
Nous avons déjà présenté précédemment Anita Lane (Strange Cover # 1 : "Lost in Music") qui signe une version dépouillée et troublante du morceau de Marvin Gaye, en accentuant encore la dimension sensuelle et érotique. Elle est épaulée pour l'occasion par Barry Adamson (Magazine, Bad Seeds) au vibraphone et Mick Harvey (Bas Seeds) à la production.
- Hot Chip : "Sexual Healing" (2006, Over and Over Single B-Side, EMI)
Duo électro britannique actif depuis le début des années 2000, Hot Chip livre une interprétation très pop de la chanson, tout en lui donnant un côté indolent et mélancolique.
" Avril 1978 - Tu crois vraiment que le Punk est mort ? (...) - Peut-être. Et peut-être qu'il est temps, tu crois pas ? C'était pas censé durer éternellement et c'est pour ça que c'est beau. - Pourquoi ? - C'est comme un incendie de forêt. Si les vieux arbres ne brûlent pas, y a pas de place pour les jeunes pousses. Les punks ont cramé toutes les vieilles merdes réactionnaires. Ils ont nettoyé la forêt. Maintenant quelque chose de neuf peut pousser. Quelque chose de mieux." (dialogue extrait de Le Chanteur, Cathi Unswsorth, Rivages/Thriller, 2011).
Né, sur les cendres du punk, le post-punk est un mouvement musical particulièrement fécond, dont on va parcourir différents aspects au sein de cette rubrique. La période post-punk proprement dite est généralement située entre 1978 et 1984, mais comme on le verra, son influence se poursuit jusqu'à aujourd'hui. Son moment fondateur est, selon le journaliste Simon Reynolds (Rip It Up and Start Again. PostPunk 1978-1984, Editions Allia, 2007), la création par John Lydon du groupe Public Image Limited (P.I.L.), suite à la séparation des Sex Pistols, marquant ainsi le passage du punk, forme assez brute fondée sur le trio basse/batterie/guitare, à une musique s'autorisant une plus grande sophistication, intégrant de multiples influences comme le reggae/dub (The Clash, P.I.L.,...), le ska (The Specials,...), le funk (Gang of Four, A Certain Ratio, ESG,...), la disco (Lizzy Mercier-Descloux, Kid Creole & the Coconuts...), la musique électronique (Human League, DAF, OMD,...), la musique africaine (Talking Heads,...), le jazz (James Chance & The Contortions,...), la musique expérimentale (Cabaret Voltaire, Throbbing Gristle,...), etc. Le post-punk va ainsi donner naissance à de nombreux genres musicaux: new wave, disco-not-disco, punk funk, indie rock, gothique, synthwave, new pop, industriel,...
Si le post-punk a engendré un ensemble de groupes devenus "classiques" (voir notamment les noms cités ci-dessus), une exploration un peu plus profonde permet également de (re)découvrir de nombreux artistes oubliés, rapidement disparus de la scène, mais dont les morceaux demeurent particulièrement passionnants. On débutera cette rubrique post-punk en mettant en évidence trois groupes qui ont en commun d'avoir marié esprit punk, posture arty et sens du rythme.
Groupe de New-York rattaché au courant No Wave et étroitement associé au B 52's. Après leur séparation en 1983, un certain culte leur a été voué par une frange des groupes indies américains. Leurs albums ont récemment été réédités sur le label DFA de James Murphy (LCD Soundsystem).
- Dog Eat Dog : Rollover (Album Dog Eat Dog, Clarement 56, 2011)
Groupe new-yorkais également, Dog Eat Dog (à ne pas confondre avec le groupe de rap metal du même nom, apparu au début des années 90) a eu une carrière plutôt confidentielle... puisqu'il n'a jamais publié de disque durant le temps de son existence au début des années 80. C'est grâce à une compilation des rares enregistrements disponibles, publiée en 2011 sur le label Claremont 56, que l'on a pu prendre connaissance de l'enthousiasmante musique de Dog Eat Dog, à rapprocher de celle de leurs confrères new-yorkais de Liquid Liquid (pour les percussions) et de ESG (pour le funk féminin).
- Codek : Demo (Single MCA Records, 1980)
Groupe mystérieux sur lequel il n'existe aucune information précise, si ce n'est une discographie se limitant à la publication de trois singles à l'aube des années 80. Absent également de tous les ouvrages consacrés au post-punk (en tous cas ceux que j'ai pu lire). Et l'on est surpris que ce groupe à la musique ludique et inventive n'ait pas davantage acquis de notoriété, en particulier ce Demo étonnant de modernité, avec sa guitare sautillante, sa basse élastique, son rythme nonchalant ponctué de bidouillages électroniques. A ranger aux côtés de Tom Tom Club et de ses classiques Genius of Love et Wordy Rappinghood.
David Lynch est probablement le réalisateur à avoir développé l'univers musical le plus personnel, et son cinéma constitue une source d'influence majeure pour de nombreux artistes musicaux appartenant à des genres variés: rock indie (parfois à tendance franchement hardcore...), électronique, pop, jazz... Le monde sonore lynchien est souvent associé aux atmosphères jazzy cotonneuses créées par Angelo Badalamenti, avec lequel il collabore depuis Blue Velvet (1986), mais David Lynch a également emprunté à de nombreux styles pour élaborer ses bandes sons, du rock 50's (Roy Orbison,...) au métal industriel (Powermad,...) en passant par le jazz (Nina Simone,...), l'indie-rock (Beck,...), la soul (Etta James,...), le blues (Koko Taylor,...), la bossa nova (Tom Jobim) ou encore la musique contemporaine (Penderecki,...). David Lynch a aussi lui-même publié plusieurs albums et collaboré à divers projets musicaux. C'est dire si l'univers musical lynchien comporte de nombreuses facettes, dont l'exploration mérite une rubrique thématique qui se déclinera en plusieurs épisodes.
Pour Eraserhead (1976), David Lynch élabore déjà un environnement sonore faisant partie intégrante du film, composé de bruissements sourds inquiétants, desquels émergent quelques notes d'orgue empruntées à Fats Waller. Cette bande originale a été réalisée en collaboration avec le sound designer Alan Splet, qui accompagnera Lynch jusqu'à Blue Velvet. Surtout, on y trouve la chanson In Heaven (Lady in the Radiator Song), composée par David Lynch et Peter Ivers, qui allait rapidement accéder au rang de morceau culte, faisant l'objet d'un nombre impressionnant de reprises.
Des artistes venus d'horizons très divers (new wave, indie, électronique, expérimental,...) vont ainsi proposer leur version personnelle de la chanson. En voici quelques-unes parmi les plus intéressantes.
- Bauhaus : In Heaven (Live 1983, Album Rest in Peace, Nemo Recordings, 1992)
Il n'est guère surprenant que Bauhaus, présenté généralement comme l'un des précurseurs du rock gothique, se soit senti proche de l'ambiance étrange du film de David Lynch et ait repris ce morceau lors de ses concerts.
- Tuxedomoon, In Heaven (Live, 1980, Album Pinheads on the Move, Crammed Discs, 1987)
Autre version, celle du groupe new wave/arty Tuxedomoon, signé sur le label belge Crammed, plus lyrique, avec sa voix haut perchée et le violon saccadé de Blaine Reininger.
- The Pixies: In Heaven (Live, 2004)
Le groupe rock de Boston a enregistré une première version en 1988 (publiée en face B du single Gigantic, 4AD), chantée par Black Francis. En voici une autre, tirée d'une tournée du groupe en 2004, interprétée par Kim Deale, d'une manière plus proche de l'originale.
- Thomas Truax: In Heaven (Album Songs from the Films of David Lynch, SL Records, 2009)
Sorte de troubadour surréaliste, Thomas Truax a consacré un album entier aux reprises de chansons issues des films de David Lynch. Bien entendu, In Heaven y figure en bonne place, dans une version pleine de sonorités étranges et rêveuses.
- The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble : Serpents (Mutations EP, Ad Noiseam, 2009)
Ensemble de jazz expérimental et atmosphérique basé au Pays-Bas mais à la composition très cosmopolite, The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble a toujours étroitement lié sa musique au cinéma, en réalisant notamment de nouvelles bandes sons pour des films muets tels que Nosferatu de Murnau. Le morceau Serpents développe une atmosphère inquiétante très lynchienne et intègre un sample de In Heaven, vers la fin du morceau (2' 53" pour être précis).
- Birds of Passage : In Heaven(2010)
Derrière Birds of Passage se cache la chanteuse néo-zélandaise Alicia Merz, qui conçoit seule des chansons minimalistes et intimistes, que l'on retrouve sur l'album Without the World, paru sur l'excellent label Denovali Records. Elle reprend In Heaven tout en chuchotements, intégrant également au morceau des citations de la pièce Für Alina du compositeur estonien Arvo Pärt.
- David Lynch/Peter Ivens : In Heaven (Michael Forrest Mix)
"In Heaven" a également fait l'objet d'un nombre invraisemblable de remixes, dans tous les domaines imaginables de la musique électronique, que l'on trouve en abondance sur Youtube ou Soundcloud. En voici une excellente version, réalisée par Michael Forrest.
La rubrique "Strange Cover" présente des reprises surprenantes et décalées, véritables transmutations de morceaux originaux, célèbres ou non. Pour l'inauguration de ce blog, j'ai pensé qu'un titre intitulé "Lost in Music" serait particulièrement de circonstance. Anita Lane a été durant les années 80 et 90 l'égérie de Nick Cave et de ses Bad Seeds, collaborant notamment avec Mick Harvey, Blixa Bargeld (Einsturzende Neubauten) ou Barry Adamson. Popularisé en 1979 par le groupe disco Sister Sledge, "Lost in Music" est ici transformé en un morceau sombre et vénéneux, bercé par la voix troublante d'Anita Lane et les choeurs de Nick Cave et de ses acolytes.
Référence: Anita Lane, "Lost in Music", Album Dirty Pearl, Mute Records, 1993.