David Lynch est probablement le réalisateur à avoir développé l'univers musical le plus personnel, et son cinéma constitue une source d'influence majeure pour de nombreux artistes musicaux appartenant à des genres variés: rock indie (parfois à tendance franchement hardcore...), électronique, pop, jazz... Le monde sonore lynchien est souvent associé aux atmosphères jazzy cotonneuses créées par Angelo Badalamenti, avec lequel il collabore depuis Blue Velvet (1986), mais David Lynch a également emprunté à de nombreux styles pour élaborer ses bandes sons, du rock 50's (Roy Orbison,...) au métal industriel (Powermad,...) en passant par le jazz (Nina Simone,...), l'indie-rock (Beck,...), la soul (Etta James,...), le blues (Koko Taylor,...), la bossa nova (Tom Jobim) ou encore la musique contemporaine (Penderecki,...). David Lynch a aussi lui-même publié plusieurs albums et collaboré à divers projets musicaux. C'est dire si l'univers musical lynchien comporte de nombreuses facettes, dont l'exploration mérite une rubrique thématique qui se déclinera en plusieurs épisodes.
Pour Eraserhead (1976), David Lynch élabore déjà un environnement sonore faisant partie intégrante du film, composé de bruissements sourds inquiétants, desquels émergent quelques notes d'orgue empruntées à Fats Waller. Cette bande originale a été réalisée en collaboration avec le sound designer Alan Splet, qui accompagnera Lynch jusqu'à Blue Velvet. Surtout, on y trouve la chanson In Heaven (Lady in the Radiator Song), composée par David Lynch et Peter Ivers, qui allait rapidement accéder au rang de morceau culte, faisant l'objet d'un nombre impressionnant de reprises.
Des artistes venus d'horizons très divers (new wave, indie, électronique, expérimental,...) vont ainsi proposer leur version personnelle de la chanson. En voici quelques-unes parmi les plus intéressantes.
- Bauhaus : In Heaven (Live 1983, Album Rest in Peace, Nemo Recordings, 1992)
Il n'est guère surprenant que Bauhaus, présenté généralement comme l'un des précurseurs du rock gothique, se soit senti proche de l'ambiance étrange du film de David Lynch et ait repris ce morceau lors de ses concerts.
- Tuxedomoon, In Heaven (Live, 1980, Album Pinheads on the Move, Crammed Discs, 1987)
Autre version, celle du groupe new wave/arty Tuxedomoon, signé sur le label belge Crammed, plus lyrique, avec sa voix haut perchée et le violon saccadé de Blaine Reininger.
- The Pixies: In Heaven (Live, 2004)
Le groupe rock de Boston a enregistré une première version en 1988 (publiée en face B du single Gigantic, 4AD), chantée par Black Francis. En voici une autre, tirée d'une tournée du groupe en 2004, interprétée par Kim Deale, d'une manière plus proche de l'originale.
- Thomas Truax: In Heaven (Album Songs from the Films of David Lynch, SL Records, 2009)
Sorte de troubadour surréaliste, Thomas Truax a consacré un album entier aux reprises de chansons issues des films de David Lynch. Bien entendu, In Heaven y figure en bonne place, dans une version pleine de sonorités étranges et rêveuses.
- The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble : Serpents (Mutations EP, Ad Noiseam, 2009)
Ensemble de jazz expérimental et atmosphérique basé au Pays-Bas mais à la composition très cosmopolite, The Kilimandjaro Darkjazz Ensemble a toujours étroitement lié sa musique au cinéma, en réalisant notamment de nouvelles bandes sons pour des films muets tels que Nosferatu de Murnau. Le morceau Serpents développe une atmosphère inquiétante très lynchienne et intègre un sample de In Heaven, vers la fin du morceau (2' 53" pour être précis).
- Birds of Passage : In Heaven (2010)
Derrière Birds of Passage se cache la chanteuse néo-zélandaise Alicia Merz, qui conçoit seule des chansons minimalistes et intimistes, que l'on retrouve sur l'album Without the World, paru sur l'excellent label Denovali Records. Elle reprend In Heaven tout en chuchotements, intégrant également au morceau des citations de la pièce Für Alina du compositeur estonien Arvo Pärt.
- David Lynch/Peter Ivens : In Heaven (Michael Forrest Mix)
"In Heaven" a également fait l'objet d'un nombre invraisemblable de remixes, dans tous les domaines imaginables de la musique électronique, que l'on trouve en abondance sur Youtube ou Soundcloud. En voici une excellente version, réalisée par Michael Forrest.
